

Le mot du président du jury
1998 marque une étape dans le Concours littéraire national. Destiné à encourager la création littéraire, le concours s'ouvre pour la première fois à un genre moins populaire, l'essai. Ce genre qui avec les Essais de Montaigne a acquis ses lettres de noblesse, est connu pour la diversité qui le caractérise et il fallait un certain courage pour ne pas être rebuté par la définition accompagnant la demande de manuscrits: «genre littéraire en prose qui consiste à mettre en forme un processus de réflexion personnelle autour d'un sujet choisi, sans viser une solution univoque à un problème posé, ni vouloir démontrer une thèse ou une loi. Malgré cette perspective ouverte aux interprétations subjectives, l'essai est un texte de raisonnement logique, une argumentation librement
construite en perspective du thème porté à discussion.». L'auteur avait toute liberté en ce qui concernait la terminologie et les formulations, néanmoins la taille du texte lui était imposée, puisque les manuscrits devaient avoir «une longueur minimale de 20 pages dactylographiées et une longueur maximale de 50 pages dactylographiées. Le plus dur était certainement le choix du sujet, car là, l'auteur se trouve confronté à la multitude de ses préoccupations, à moins qu'il ne vienne d'effectuer des travaux sur un sujet précis et qu'il puisse en profiter pour les rédiger dans la forme du genre imposé. Et surtout, il fallait accepter de relever le défi, car comme tout concours, celui-ci est une aventure et l'auteur chevronné comme l'auteur novice s'y côtoient, se retrouvent sur le même terrain, et l'assurance acquise grâce aux écrits antérieurs risque d'être sérieusement ébranlée.
Le travail du jury constituait lui aussi une aventure: il s'agissait d'évaluer des textes écrits par des auteurs qui se présentaient sous des pseudonymes bizarres: A. Quintus, Asrai, Contra 7, Franz Michael Lichtenthaler, Goreng Nasi, Jean Lacroix, Jostein, Lise Tériose, Luisa, Matrose, Suzanne Payne, Teddy. Le nombre des contributions était plus qu'honorable pour un genre peu pratiqué par les auteurs luxembourgeois: 13 manuscrits dont 7 étaient en allemand, 2 en français, 2 en luxembourgeois et un en anglais. La treizième contribution, comme l'exige la superstition, était un essai inclassable, un essai dont le mode d'emploi était rédigé en français et qui, sur ses 50 pages blanches entièrement reliées à la main -un travail impeccable-, contenait une page avec un texte de Heidegger. Cette page recopiée à la main était en allemand. Il est impératif de relever cette participation qui constitue bien un essai - un essai qui a permis au jury d'apprécier l'humour et l'esprit créatif de son auteur -, mais qui malheureusement ne remplissait pas les autres critères qui auraient permis de la prendre en considération. Merci à l'auteur de cet essai d'avoir procuré aux membres du jury un moment de détente et de plaisir et d'avoir évoqué par la même occasion la tentative du livre blanc de Stéphane Mallarmé.
L'exemple ci-dessus nous montre que si le premier choix, reposant sur des critères de «recevabilité», était assez facile, il n'en était pas moins douleureux, car il fallait éliminer des textes qui étaient valables en tant que tels, mais ne répondaient pas aux exigences du genre. Ensuite il s'agissait de discuter les textes restant en lice afin de déterminer ceux devant figurer parmi les lauréats. L'établissement du palmarès final a été le fruit du travail de tous les membres du jury. Bien entendu tous n'avaient pas les mêmes préférences: tel aimait une certaine approche, tel autre était attiré par un sujet traité; ou par la manière et le style d'un texte. Soulignons que le choix et le classement final ont été la somme des appréciations et opinions exprimées avec engagement et franchise lors des délibérations, ce qui a permis, malgré des approches et des goûts différents, d'aboutir assez rapidement à un consensus sur les textes à retenir.
Ce n'est qu'après que le classement final avait été établi que les enveloppes, révélant l'identité des lauréats, ont été décachetées et que le jury ainsi que le public se sont trouvés face aux noms des auteurs dont vous aurez le plaisir de lire le texte dans ce fascicule.
Antoine CIPRIANI