
POUR NIETZSCHE
à l'occasion du 100ième anniversaire de sa mort
Un livre de Gaston Vogel

112 pages - ISBN 2-87962-117-8 - 12 EURO
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EXPOSÉ
Nietzsche, un des philosophes les plus fins de l'école allemande, le plus grand génie de la langue allemande, très apprécié par les auteurs français tels que Camus, Malraux et Foucauld, a laissé à l'humanité un message d'une telle profondeur, qu'il a fallu un siècle pour le saisir et encore !
Cet auteur très sensible, qui est aux antipodes de l'arbitraire nazi, a été démoli par des irresponsables qui ont faussé son oeuvre, dont et avant tout sa soeur.
L'auteur essaie de réhabiliter Nietzsche en documentant son humanisme à toute épreuve par une redéfinition du surhomme et de la volonté de puissance, concepts fondamentaux malmenés par une gent qui lui en voulait à mort d'être sorti des sentiers battus et d'avoir montré le chemin vers de nouvelles libertés dégagées de la gangue du christianisme. Ce qui fait le charme de Nietzsche, c'est qu'il ne s'exprime qu'en aphorismes et qu'il ne déteste pas les contradictions. Il est en permanence en feu.
EXTRAIT
Il fut un homme vivant dans l'ombre, au-delà de toute société et de toute conversation, craignant tout bruit avec une anxiété presque neurasthénique. Il a vécu dans de petites chambres garnies, étroites, mesquines, froidement meublées, la table pleine d'innombrables feuilles, notes, écrits et épreuves. Les doigts glacés (les hivers sont rudes à Sils Maria), ses doubles lunettes touchant presque le papier, il écrit d'une main hâtive, pendant des heures, des mots que son oeil trouble peut ensuite à peine déchiffrer.
Lorsqu'il fait beau, il sort, toujours seul - toujours seul avec ses pensées: jamais un salut en route, jamais un compagnon, jamais une rencontre. Jamais il ne descend vers les autres, vers les humains. Au bout de quinze ans, il n'y avait plus chez lui de sociabilité.
Parfois il reste au lit des jours entiers. Des vomissements et des crampes jusqu'à en perdre connaissance, des douleurs térébrantes dans les tempes, une cécité presque complète.
Pendant quinze ans se déroule ce ravin de la vie de Nietzsche, ce passage affreux dans l'obscurité des grandes villes: Turin, Nice, Marienbad, Sorrente, Venise. Dans des garnis tristement meublés, des pensions au pauvre couvert …
Seule la fuite de Dostoïevski, presque à la même époque, à travers la même pauvreté et le même abandon, présente cette froide et grise lumière du spectre.
Des étrangers trouvent par terre, dans la rue, l'homme le plus étranger de l'époque. Des étrangers le portent dans la chambre étrangère via Carlo - Alberto à Turin. Personne n'est témoin de sa mort intellectuelle. Autour de sa fin règne l'obscurité et le saint isolement. Solitaire et inconnu, le plus lucide génie de l'esprit se précipite dans sa propre nuit.
C'est le portrait tracé avec une infinie tendresse par la plume subtile de Stefan Zweig.
*
C'est à cet homme énigmatique, que Gottfried Benn a qualifié comme le plus grand génie de la langue allemande, que nous allons consacrer cet opuscule.
Sarah Kofmann dit que sa prose, emplie de métaphores se distinguera à tout jamais de tout autre texte philosophique - qu'elle est insituable, atopique.
Selon Jacques Le Rider, directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Nietzsche est l'un des philosophes allemands, qui a pensé la modernité de la manière la plus radicalement sceptique et désillusionnée.
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Il existe environ deux mille ouvrages sur Nietzsche et pourtant il reste toujours une énigme fatiguée, une énigme pour oiseaux de proie. Il s'appelle lui-même le point d'interrogation.
Depuis son exitus intellectuel en 1889, un siècle s'est passé. Un siècle de grande cruauté. Un siècle où des totalitarismes de toutes couleurs ont voué l'homme à la géhenne, ont fait de l'individu un esclave entouré de barbelés, menacé de goulag et d'extermination dans des chambres à gaz. Un siècle de scandales sali par deux guerres mondiales, d'innombrables guerres néo-coloniales; un siècle où la bêtise et la cruauté atteignaient des sommets vertigineux. Ce fut le siècle de l'obscénité et des monstres.
Nietzsche fut désigné par quelques irresponsables comme le père du nazisme. La néfaste légende, qui ne repose sur rien, si ce n'est sur des citations tronquées, arrachées de leur contexte, violentées, est d'une remarquable ténacité.
Cela est d'autant plus grotesque et tragique que, bien que très peu de gens aient lu Nietzsche, tous sont convaincus que par sa pensée, que personne ne connaît, il a contribué à la malheureuse histoire de l'homme contemporain.
Voilà l'effet affligeant de l'hypnose collective par préjugés sous-cutanés.
Nietzsche a été la victime d'une monstrueuse cabale, uniquement rendue possible parce que l'homme de tous les pays, de tous les temps, est d'un superficiel désarmant, toujours porté à écouter quand il y va de la réduction d'une idée à sa forme pervertie de cliché ou de formule à l'emporte-pièce.
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