JEROME ROTHENBERG
LIVRE PARU AUX EDITIONS PHI
Un Nirvana cruel
dessins de Irving Petlin
Poèmes, octobre 2002, 144 pages
Traduit de l'anglais par Jean Portante
12 EURO
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QUELQUES POÈMES DE Un Nirvana cruel
ce ton dada
les mères zigzag des dieux
de la science les lunatiques étoiles fixes
& pharmacies
pères qui ont laissé les tentes de l'anarchisme
sans surveillance
les os arctiques
répandus à saint germain
comme des tam tams
ampoules électriques vivantes
aphrodisia
«l'art est camelote» dit
l'urinoir «creuse un trou
& nage dedans»
un message de l'abominable ordinateur
«vous êtes des hamburgers»
l'histoire dada considérée comme ma muse
l'histoire des pères
n'est que temps Dada hier seulement
seulement le jour avant
le matin après, temps
passé dans ce siècle
un train vide
serpentant vers Paris
cathédrale où déborde un vieil égout
qui leur donne le vertige
merde collée au revers de leurs pantalons
pas repassés mais avec l'appétit des pères
pour la vie gilets & monocles
proclament une avant-garde
en absence une avant-garde s'auto
proclame les jeunes hommes
pères de l'histoire Dada
chevauchent encore ses rails
montent plus haut que mes tours eiffel
à chaque secousse
chaque besoin anal les propulse
«voici le coeur de la culture»
proclament-ils
le coeur de la guerre
le coeur du dieu Dada
dans le monde que font leurs poèmes
muses qui tambourinent sur les murs
sur des selles
muses qui se masturbent dans le vent
oh dada oh ma Muse
les jeunes hommes sous cellophane
couchent avec l'histoire des pères
dans les têtes des pères
une fille nommée Schopenhauer danse
le train de Paris atterrit à Zanzibar
des vers viennent sens dessus dessous
nous libérer vers
revers dans l'histoire de la langue
voix
divine
pied
solitude
le roi des îles dans un arbre
un violon dans chaque main
son sexe planté au milieu des branches
renverse leurs tables, répand
ses rêves le long du sol
les sons de reines dans des livres
des jeunes hommes - les pères - passent
chacun est la muse de l'autre
attend avec une dame ombrée
à ses côtés
ballons de foot lancés parmi
les pères
flottent au-delà des dépôts de train vides
hier seulement
dans le rêve de quelqu'un d'autre
la voix déverrouillée, renversée
la figure à moitié dans la fenêtre
coupée en deux
le train dans la bouche du revolver
dérouté par d'autres trains
par des roues dentées
un assemblage de pièces de rechange
ne peut jamais convenir
aux pères
les pères ne peuvent jamais se convenir à eux-mêmes
en cognant chaque homme
est la muse de l'autre
chacun est son propre ballon de foot
au-dessus de Paris s'agite
depuis une perche au-dessus de l'opéra
tient un maquereau dans chaque main
lumières bleues au-dessus d'eux
les couleurs gélifiées de leurs dieux
oh Nostradamus
ton prénom est-il Jerôme
comme le mien?
est-ce que Sagittaire est notre frère?
où sont les fiers Apaches
maintenant? les fils
Dada?
sur un panneau d'affichage
Paris attend
l'histoire du siècle
illuminée, grise
au clair de lune
accueille ma muse comme Dada
des fanfares militaires éclaboussent la gare
baisent ma muse
septembres de papier oh arc voltaïque
vrai & bleu
choc
électrique
grise vie
le Dadaïste enfourche un ascenseur
& monte avec le pape
les pères à la dérive comme des muses
descendent d'une tour eiffel
montent sur la suivante
oh roues lumineuses qui grouillent de fourmis bleues
ce qui a commencé comme Dada finit
comme Dadaïté
tout comme ma main finit, s'agite
à moitié
coupée à moitié de ses doigts
où la rue finit
où une autre rue donne à moitié
dans une autre rue
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