PIERRE JORIS

PIERRE JORIS & NICOLE PEYRAFITTE




BIOGRAPHIE

    Pierre Joris a quitté le Luxembourg à 19 ans & a vécu depuis lors en Angleterre, en Algérie, en France & aux Etats-Unis. Il a publié plus de 20 recueils de poèmes, dont h.j.r. (EarthWind Press, 1999) Winnetou Old (Meow Press 1994), Turbulence (St. Lazaire Press 1991), & Breccia: Poems 1972-1986 (Editions PHI 1986). Deux recueils ont paru en traduction française: Le Livre de Luap Nalec, traduit par Michel Maire (Castor Astral, 1986) et La Dernière traversée de la Manche, traduit par Jean-Paul Junck & Jean Portante (Graphiti, Editions PHI, 1995). Auteur de nombreuses traductions, vers le français (Kerouac, Corso, Shepard, Beck, parmi d'autres) et vers l'anglais (Celan, Blanchot, Jabès, Tengour, Bulteau, Brossard, U Tam'si, etc.), il vient de sortir avec Jerome Rothenberg une anthologie en deux volumes de la poésie d'avant-garde à travers le vingtième siècle et le monde entier, Poems for the Millennium, aux Presses Universitaires de Californie en 1995 pour le premier volume (qui reçut le 1996 PEN Oakland Josphine Miles Award) et en 1998. Son essai/manifeste Towards a Nomadic Poetics a paru chez Spanner Editions en 1999. Wesleyan University Press publiera POASIS: Poèmes 1987-1997 en 2000. Depuis 1992 il enseigne à l'Université de l'Etat de New York à Albany.


DERNIER LIVRE PARU AUX EDITIONS PHI

    h.j.r.
    Dessins-collages de Nicole Peyrafitte
    traduit de l'anglais par Eric Sarner
    poèmes, octobre 1999, 100 pages
    ISBN 2-87962-105-4 - 12 EURO


    "Compelling investigative peregrinations, the poems of h.j.r. travel the nomad's "desert", a trope fertile with literary, historical, musical imagination. Pierre Joris' crystal shortwave picks up long lost fragments of language (Arabic, French, Farsi, Sumerian, Greek) & fascinating tribal lore, then weaves to "translate" a new poetics map of ever-shifting mood & perspective. There's no absolute center, but a vast rhizomic de-narrated horizon always furthering the journey. He's a diligent Herodotus, a gatherer of multiple cultures' restless edges. I like that the project is not so Eurocentrified, that it sings its convictions, that it seesaws "between the algorhythm of poem/ and the numenology of experience", that it re-aligns the sensibilities of travel & translation." (Anne Waldman)


    Livres de Pierre Joris aux éditions Phi
    - Breccia, 1986, 16 EURO
    - La dernière traversée de la Manche, 1995, 12 EURO
    - h.j.r., 1999, 12 EURO


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UN POÈME DE "h.j.r."


    Ode ou Presque Là

    Arrêtée la quête
    un pied de chêne
    vieille

    deuxième croissance
    criblée de
    lucioles.

    Il y a d'autres ruines
    mon cher Uncas ici
    le nom d'un

    bar sur deux
    niché
    au bord du lac

    (quel nom gît enterré
    sous celui d'un roi anglais
    & l'imposition
    chrétienne sacramentelle?) combien de
    visiteurs du dimanche ont ajouté
    leurs cendres

    à un feu que nous avons laissé mourir
    l'an dernier?
    Pas de lune ce

    soir seule la froide
    aiguille des étoiles.
    Ils dorment dedans

    leurs montures, cette tribu de
    semi-nomades de l'été mouchetés -
    nous apportons nos draps

    versons une larme,
    ni la lune ni mars
    ne président

    nous sommes avec les cendres,
    les chênes, & le sol
    poison rampant
    nous oublions le chant
    pissant pourtant sur les cendres -
    le feu vif de l'an dernier.

    Tôt matin suis
    tout un avec
    le lac

    léchant ses attaches
    à l'aube-cul-rose
    en humeur post-moderne tardive

    les bois & leurs oiseaux
    reprennent en écho les sexy
    crissements des pneus

    fatigue nord-américaine
    mise au repos, descend
    maintenant de ta monture, machine

    à combustion japonaise
    mouillée de rosée dans l'herbe haute
    boîte oblongue compacte
    noire comme quoi? le
    chat qui ne
    traverse pas la rue

    fine comme l'exige
    l'esthétique aérodynamique
    en fin de siècle.
    .........................................................
    Caravane de mi-
    matin, de ce qui se
    fait passer

    pour & en lieu
    de la pensée,
    les chiens aboient

    moins un argument qu'
    un chapelet de verbes
    noms décriés
    l'attentive concaténation
    mène à un ailleurs
    nommé «ici, maintenant».
    Tu voudrais interroger
    la communauté
    encore à venir.

    Vanité fabriquée du chant.
    Rectitude de l'image.
    Des «toi» aléatoires.

    Ni lions ni abeilles.
    L'évident mélodieux
    ne trompe que lui-même. Où es-tu

    toi à qui je parle? Vaincre ou
    être vaincu vieille combinaison
    qui manque de fer, du fer du et.

    Un ta'wil de non-communauté
    la pensée inavouable
    qui traverse et habite

    la brume du qui-sait-comment.
    L'enjambement sauvegarde
    un autre jour, encaravane
    les atomes en lignes envolées -
    sans contrainte, un peu de
    lumière.

    Le lac bouge sur sa propre étendue.
    Se plisse et tout. Pêche
    pour goujats.

    Nous ne voulons pas soulever le tout.
    Cette leçon, si elle n'a pas été retenue,
    a fait brèche.

    Le pli de surface, vent
    dans les arbres. Amour à
    l'air.

    Un accident arrive. Ou est créé.
    C'est la même interruption.
    Re-directionne

    les agrégats. Bof. Taons
    de mi-
    matinée. Fiche
    la tente dans le sable. Colmate
    les trous où les mots
    germent.

    Ode à l'été banc de glace
    de l'esprit. Tétanos froid.
    Code encordant

    une absence de description.
    Parallaxe intentionnel recadre
    la quête

    L'ode quasi-présence.
    Dada ou parti, un cheval
    pour ensorceler

    le notre ou le leur, «nous avançons au
    seul son»
    seules les pauses

    modifient le sens.
    La respiration code
    du sens à partager.







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