JOHN F. DEANE
BIOGRAPHIE
JOHN F. DEANE est né en Irlande en 1943. Il habite Dublin où il dirige une maison d'édition The Dedalus Press. En 1979 il a fondé «Poetry Ireland», la société nationale de poésie, et leur journal The Poetry Ireland Review. Il a publié plusieurs recueils, dont Walking on Water (1994). Depuis 1996, il est secrétaire général de l'Académie Européenne de Poésie. En 1998 il a reçu le Prix O'Shaughnessy aux Etats-Unis.
JOHN F. DEANE was born in Achill Island, Co Mayo, in 1943. He lives in Dublin and edits The Dedalus Press. In 1979 he found Poetry Ireland, the national poetry society, and its journal The Poetry Ireland Review. He is author of several cellections of poetry, including Walking on Water (1994). In 1996, he was elected Secretary General of the European Academy of Poetry. He is the recipient of the 1998 O'Shaughnessy Poetry Award.
LIVRE PARU AUX EDITIONS PHI
Christ, avec renard urbain poèmes, 1999
(Christ, with urban fox)
illustrations de Tony O'Malley
Collection GRAPHITI, Editions Phi
traduit de l'anglais par Jim Foulkes et Jean Portante
160 pages, ISBN 2-87962-111-9, 12 EURO
QUELQUES POEMES D'CHRIST AVEC RENARD URBAIN
In Dedication
Under the trees the fireflies
zip and go out, like galaxies;
our best poems, reaching in from the periphery,
are love poems, achieving calm.
On the road, the cries of a broken rabbit
were pitched high in their unknowing;
our vehicles grind the creatures down
till the child's tears are for all of us,
dearly beloved, ageing into pain,
and for herself, for what she has discovered
early, beyond this world's loveliness. Always
after the agitated moments, the search for calm.
Curlews scatter now on a winter field, their calls
small alleluias of survival; I offer you
poems, here where there is suffering and joy,
evening, and morning, the first day.
En dédicace
Sous les arbres les lucioles
clignotent et s'éteignent comme des galaxies;
nos meilleurs poèmes, en provenance de la périphérie,
sont des poèmes d'amour, atteignant le calme.
Sur la route, les cris d'un lapin brisé
étaient très aigus dans leur inconscient;
nos véhicules écrasent les créatures
jusqu'à ce que les larmes de l'enfant soient pour nous tous,
mes bien chers frères, vieillissant dans la douleur,
et pour elle-même, pour ce qu'elle a découvert
tôt, au-delà de la beauté de ce monde. Toujours
après les moments agités, la quête du calme.
Des courlis se dispersent maintenant sur un champs d'hiver,
leurs appels petits alléluias de survie; je t'offre
des poèmes, ici où il y a souffrance et joie,
soir, et matin, le premier jour.
Dance of The Hours (Moderato)
They are teaching you the clock, how to tell
time: an old man's face, two fingers
pointing; and other
sing-song things till the world begins to fill
with the future, purposes for your still-slight
self. Night comes early now,
tail-lights are poison berries
against the black-green foliage of night;
it is the rhythmic fall and lift,
Gregorian chant of stars and seasons,
miracles of obedience
I point you to, the epiphanic gifts
of redwing, fieldfare, the godwit's sound.
Morning, cars furred with frost;
we water them and they breathe out like cattle
turning cautiously onto difficult ground;
we would sleep this harshest season through
wrapped in ourselves like bears, dreaming
of fuchsia, apple blossom, bees.
I gathered you from school,
we stood on the bridge to watch a train
crescendo from the south;
you put your hands to your ears and screamed
as it rushed beneath and died away
towards the north; sleeper after sleeper, stave-notes,
the self needs purposes
of past and future. Come
from the bridge; you are young yet
in the music, a dead mother
will be a difficult life-partner; at the high
spiked gates out of childhood you pluck
the frets of a badly-tuned guitar,
your song yourself, false
notes, disaster-chords. Near home the river
deepens before the sea; through black depths
like a Bach cantata the water flows;
on the mud-flats a black-iron boiler lies
deep in slob. Home at last we lit
a wax candle for the man who has died,
that stubbled face, those aqueous humoured eyes,
reader in the testament of pain.
A full moon leans over the parishes, bathes
the marsh-fields, glaur and mud-daub
in an alabaster glow; we flow through time
note by impossible note, out
towards etemity;
the old man's face,
the fingers, pointing; and the candle lit
for old time's sake,
for what has happened
and goes on happening, for our
unfathomable days.
Danse des heures (moderato)
Ils t'apprennent la montre, à dire
le temps: le visage d'un vieil homme, deux doigts
qui pointent; et d'autres choses chantantes
jusqu'à ce que le monde commence à se remplir
d'avenir, objectifs pour ton encore fragile
moi. La nuit vient tôt désormais,
les feux arrière sont des baies empoisonnées
contre le feuillage vert noir de la nuit;
c'est le rythmique tomber et lever,
chant grégorien d'étoiles et de saisons,
miracles d'obéissance
je te les montre, les cadeaux épiphaniques
d'un rouge-queue, d'une grive, le son de la bécasse.
Matin, voitures tartrées de givre;
nous les arrosons et elles expirent comme du bétail
se dirigeant prudemment vers le sol difficile;
nous pourrions dormir d'un bout à l'autre de cette si rude saison
enroulés autour de nous-mêmes comme des ours, rêvant
de fuchsia, fleur de pommier, abeilles.
Je t'ai recueilli de l'école,
nous étions sur le pont et regardions un train
crescendo venant du sud;
tu as mis tes mains sur tes oreilles et tu as crié
quand il a foncé sous nos pieds pour aller mourir
vers le nord; traverse après tarverse, notes de stances,
le moi a besoin d'objectifs
du passé et du futur. Viens
du pont; tu es encore jeune
dans la musique, une mère morte
sera un difficile partenaire de vie; sur les hautes
pointes des grilles hors de l'enfance tu pinces
les touchettes d'une guitare mal accordée,
ta chanson toi-même, fausses
notes, cordes-désastre. Près de chez nous la rivière
s'approfondit avant la mer; à travers des profondeurs noires
comme une cantate de Bach l'eau coule;
dans les bas-fonds boueux une chaudière en fer noir
est enfoncée dans la vase. Chez nous enfin
nous allumons une bougie pour l'homme qui est mort,
ce visage couvert de barbe piquante, cette humeur
aqueuse des yeux
lecteur du testament de la douleur.
Une pleine lune se penche au-dessus des paroisses, baigne
les marécages, limon et barbouillage boueux
dans une lueur d'albâtre; nous nous écoulons à travers le temps
note après impossible note, vers
l'éternité;
le visage du vieil homme,
doigts qui pointent; et la bougie a brûlé
pour l'amour du vieux temps,
pour ce qui s'est passé
et continue de se passer, pour nos
insondables jours.
Artist
This was the given image -
a moulded man-body
elongated into pain, the head
sunk in abandonment : the cross;
I see it now
as the ultimate in ecstacy,
attention focused, the final words
rehearsed; there are black
nail-heads and contrasting
plashes of blood
like painter's oils : self-portrait
with grief and darkening sky;
something like Hopkins,
our intent, depressive scholar
who gnawed on the knuckle-bones of words
for sustenance - because God
scorched his bones with nearness
so that he cried with a loud voice
out of the entangling, thorny
underbrush of language.
Artiste
C'était ça l'image donnée -
un homme-corps moulé
étendu dans la douleur, la tête
sombrée dans l'abandon: la croix;
j'y vois à présent
le paroxysme de l'extase,
l'attention qui converge, les derniers mots
répétés; il y a de noires
têtes de clous qui contrastent
avec le clapotis du sang
comme les huiles du peintre: autoportrait
avec chagrin et ciel qui s'assombrit;
un peu comme Hopkins,
notre intrépide et dépressif savant
qui rongeait les osselets des mots
pour se nourrir - car Dieu
a laissé brûler ses os avec de la proximité
et c'est pour cela qu'il a crié d'une voix haute
sortie de l'enchevêtrement épineux
du sous-bois du langage.
Kesh
They sit for hours on small
fold-up canvas chairs and hunch themselves
out over their knees; absent a while; fishing;
on the water a float, red and white, jigging;
the summer cruisers at their gossiping,
at anchor off the wooden kesh, our elders
on their recliners grateful for the sun;
if you squeeze your eyes you see tiny spots
jigging against the high blue of heaven;
if you see farther you may glimpse
Jesus, appearing, disappearing, among lake-shore trees;
his footsteps clatter a moment on the boardwalk
and when you turn, anxious suddenly,
there is no one there: as if he were unsure
whether to call them from their fishing
or contemplate the perfect yellow lilies
rising from the fetid mud; he, too,
scrounging about, like the rest of us, for meaning.
Kesh
Ils sont assis des heures sur de petites
chaises pliantes en toile et s'arquent
au-dessus de leurs genoux; absents un moment, pêchant;
sur l'eau un flotteur, rouge et blanc, qui sautille;
les plaisanciers de l'été tout à leurs
commérages,
à l'ancre le long du kesh en bois, nos aînés
sur leurs transats disant leur gratitude au soleil:
si tu plisses les yeux tu vois de tout petits points
dansotant contre le haut bleu du ciel;
si tu regardes plus loin il se peut que tu entrevoies
Jésus, apparaissant, disparaissant, parmi les arbres du bord du lac;
ses pas résonnent un moment sur les planches
et quand tu te retournes, anxieux soudain,
il n'y a personne: comme s'il n'était pas sûr
s'il fallait les appeler de leur pêche
ou contempler les lis parfaitement jaunes
se levant de la boue fétide; lui, aussi,
mendigotant, comme nous autres, de la signification.
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